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BurnOut Phénomène de mode ?

« Je suis au bord du burn out ! » Que celui qui n’a jamais prononcé ces mots lève la main. Si l’expression est dévoyée, la pathologie, distincte du stress et de la dépression, gagne du terrain à une allure vertigineuse. Le point sur le mal du siècle et sur ses signes avant coureurs.



Une mode ? C’est du moins ce que l’on préférerait penser face à un phénomène qui inquiète tant il est massif, touchant tous les milieux socioprofessionnels ; tant il est violent, laissant ses victimes sur le carreau pendant plusieurs mois, quand il ne les brise pas jusqu’au suicide ; et tant il impose de questionner nos valeurs, nos modes de vie, nos organisation de travail. Une mode ? Non plutôt une pathologie dû à un trouble de la relation entre l’individu et la société , sans que l’on puisse déterminer lequel des deux est le plus en cause. Une société qui voue un culte à l’urgence, à l’excès, à la performance et un individu qui est happé par son insatiable besoin de reconnaissance. Jusqu’au court-circuit. Le Burn Out touche toutes les professions, avec une prédilection pour les femmes, et ce pour de multiples raisons : les inégalités persistantes dans le monde du travail, leur place dans la famille… Il se distingue du stress - dont il est le stade ultime, celui de l’effondrement - et de la dépression - en ce qu’il est essentiellement lié au travail - par sa radicalité. Le Burn Out frappe « presque » sans avertissement, ceux qui l’ont vécu vous diront : « Je n’ai rien vu venir. Un jour, j’ai pété les plombs » Et pourtant tous les ingrédients étaient là : la surcharge de travail, le manque de soutien de la hiérarchie, l’isolement…, de même que les signes avant-coureurs : troubles du sommeil et ruminations, maux de ventre ou de dos, conflits à la maison… Les avertissements de l’entourage n’y font rien : celui que guette le BurnOut ne voit pas que son travail l’abîme. D’abord, il valorise son surinvestissement « Tu ne comprends pas, j’ai envie de progresser » puis il se dévalorise de ne pas être à la hauteur des attentes excessives qui pèsent sur lui « Tu ne comprends pas, ça ne peut pas attendre » Ce « tu ne comprends pas » permanent est un signal d’alarme. Souffrir au travail n’est pas une fatalité mais c’est devenu une réalité quotidienne pour des milliers d’hommes et de femmes. L’exaltation de la performance individuelle au travail pèse sur nous. Elle est déterminée, stimulée et entretenue par différents moyens : les entretiens annuels d’évaluation, les analyses de résultats, les gratifications sous forme de primes, d’avancement, de formation, de carrière. A côté de ces « carottes » les manageurs manient aussi les « bâtons », sanctions, menaces diverses et variées, refus de mutation, mises au placard, harcèlement… Aujourd’hui, la réussite de l’entreprise dépendrait exclusivement des performances individuelles. Ce fonctionnement crée une compétition généralisée mettant chaque individu est concurrence. La disparition de la coopération entre les individus a un impact désastreux sur notre santé mentale. Notre état psychologique ne dépend pas que de nous, il est aussi lié aux autres. Nous avons besoin de nous accomplir, de construire notre identité socialement, et nous ne pouvons y parvenir que si nous entretenons avec ceux qui nous entourent des relations de complicité, de loyauté, de confiance. Travailler n’est pas seulement produire, c’est aussi vivre ensemble. Le respect de l’autre, le savoir-vivre, la prévenance, toutes les formes de solidarité et donc un sens commun de la justice. Identifier les signaux d’alerte est le premier pas vers une meilleure gestion des tensions au travail . Et aussi un moyen efficace de prévenir le pire.



CONSEIL Prendre de la distance avec son milieu professionnel, ne pas tout prendre au pied de la lettre. Et surtout, se construire un « ailleurs », plus privé, où s’épanouir sans pression.

Les causes qui peuvent mener au BurnOut diffèrent d’un métier à l’autre, d’une fonction à l’autre, d’une personnalité à l’autre.

Vous êtes en contact avec le public : Le principal facteur de risque est la surcharge émotionnelle, qu’il s’agisse d’être dans l’empathie, la compassion, ou de prendre sur vous pour « encaisser » l’agressivité du public. Le stress est majoré si les moyens sont insuffisants et si vous vivez votre métier comme une mission. Plus l’écart entre l’idéal et la réalité est important, plus grand est le danger de craquer.

SOLUTION : Se défouler : Trouver une activité qui va permettre une décharge physique et émotionnelle (marcher, courir, nager…) Eviter de ressasser les moments difficiles de la journée. Echanger avec ceux qui vivent une situation similaire, mettre ses difficultés en mots afin d’atténuer les sentiments de culpabilité et d’impuissance.

Vous êtes un exécutant : Le stress sera différent en fonction de la façon dont vous occupez votre poste. Si vous vous sentez bien dans la fonction d’exécutant, le stress éventuel sera lié à la hiérarchie. Si la fonction d’exécutant ne vous convient pas, elle est alors source de honte, de colère, de rejet et donc d’altération de l’estime de soi et de la motivation. Le stress sera encore majoré si vous subissez en plus une forte pression ou en cas de dysfonctionnement hiérarchique.

SOLUTION : Assumer sans culpabiliser de ne pas avoir pu atteindre l’objectif faute de moyens. Compenser et se questionner : si l’on vit mal la fonction et que l’on n’a pas la possibilité d’en changer, il est indispensable de compenser dans sa vie personnelle, en s’investissant par exemple dans des activités qui ont du sens pour soi et qui font appel à des compétences inexplorées dans le travail.

Vous êtes manageur : Votre fonction exige souplesse, autorité, empathie et autonomie. Les sources de stress sont nombreuses, matérielles ou émotionnelles, peu de manageurs y échappent. Elles seront majorées si vous devez assumer des décisions difficiles (licenciements, conflits de valeurs…) Autre source de stress : être en position de manageur sans avoir une grande marge de manoeuvre décisionnelle. On occupe alors la position de tampon entre ses employés et sa propre hiérarchie, à devoir concilier des intérêts opposés tout en incarnant les valeurs et les objectifs de l’entreprise.

SOLUTION : Evacuer la pression en se défoulant physiquement au quotidien et en ayant une bonne hygiène de vie (réduire les excitants) Améliorer ce qui peut l’être de manière à compenser le sentiment d’impuissance ressenti. Ecouter les critiques, les proposition et les plaintes. Puis examiner à froid cette révolte et transformer ce qui peut l’être en source de motivation personnelle et collective. Accepter de ne pas être aimé, mais pas de ne pas être respecté. Poser des règles et des limites et en assumer les conséquences. Mieux vaut un stress momentané qu’un stress chronique. Echanger : la solitude du manageur est source d’anxiété et de stress. L’idéal est de partager problèmes et solutions avec ses pairs.

Vous êtes travailleur indépendant : L’indépendance exige de l’autonomie, de la discipline et le goût du risque. Il est facile de se laisser envahir par ses activités professionnelles lorsque l’on est son propre chef, de ne pas se poser de limites (temps de travail, séparation entre vie professionnelle et vie privée) La solitude peut être pesante lorsqu’il s’agit de prendre des décisions stratégiques. La fatigue physique et l’anxiété financière sont au coeur du stress du travailleur indépendant.

SOLUTION : Oser s’interroger « est-on vraiment fait pour être indépendant ? A-t-on fait un vrai choix ou voulu se débarrasser d’un salariat pénible ? Délimiter des plages de travail afin de cloisonner sa vie professionnelle, surtout si l’on a son bureau chez soi. Faire appel à des spécialistes pour traiter des points spécifiques (comptabilité, marketing…)

Se féliciter : la reconnaissance ne viendra que de soi. Prendre le temps de savourer ses réussites pour de les partages avec ses proches.

Prendre soin de soi, de son apparence et de sa santé (repas régulier, exercice physique) mais aussi de sa vie sociale. Le travailleur indépendant a tendance à se replier sur son conjoint et ses enfants.

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